Des produits conçus pour parfumer… mais pas sans conséquences

Une omniprésence dans nos logements

Sprays, gels, diffuseurs électriques, bâtonnets, cartouches… les désodorisants sont largement utilisés pour masquer les mauvaises odeurs et créer une sensation de fraîcheur. Bien que le propre n’ait pas d’odeur, ces produits restent associés à un sentiment de propreté et de confort.

Pourtant, derrière cette fonction sensorielle se cache une réalité chimique complexe : ces produits émettent de nombreux composés organiques volatils (COV) dans l’air intérieur. En l’absence de ventilation ou d’aération suffisante, ces substances s’accumulent et peuvent interagir entre elles pour générer des polluants secondaires, parfois plus nocifs encore.

Que contiennent les désodorisants ?

Une formulation complexe et souvent méconnue

Selon l’étude PRESSENS, menée conjointement par le CSTB et l’Ineris, certains désodorisants testés en conditions réalistes ont libéré jusqu’à 150 composés différents, avec des concentrations atteignant plusieurs centaines de µg/m³. On y retrouve principalement :

  • des COV parfumants : limonène, linalol, eucalyptol, citronellol, alpha-pinène
  • des solvants : éthanol, isopropanol
  • des agents antimicrobiens (glutaraldéhyde)
  • des additifs variés : fixateurs, antioxydants...

Certaines de ces substances sont classées préoccupantes :

  • irritants ou sensibilisants
  • perturbateurs endocriniens suspectés (ex. : lilial)
  • ou CMR (cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques)

L’étude PRESSENS (CSTB, Ineris) a analysé les émissions volatiles et particulaires de 10 désodorisants non combustibles (gels, sprays, diffuseurs automatiques…) dans des chambres d’essai, selon des conditions proches des usages domestiques. Les résultats montrent une grande diversité de polluants émis, soulignant l’importance de mieux informer les consommateurs et de ventiler systématiquement les pièces où ces produits sont utilisés.

Quelles émissions dans l’air intérieur ?

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Une grande diversité de polluants mesurés

Selon le rapport PRESSENS, parmi les composés les plus fréquemment détectés, on retrouve :

  • Le limonène : très volatil et réactif
  • Le formaldéhyde : issu de réactions secondaires
  • L’acétaldéhyde, l’acroléine, le benzène, parfois à l’état de trace
  • Les particules ultrafines (dans certains aérosols ou sprays)

Ces émissions varient selon :

  • le format du produit (aérosol > diffuseur passif > gel)
  • la quantité et la fréquence d’usage
  • la durée de diffusion
  • la présence d’ozone dans l’air intérieur (interaction avec les terpènes)

Quels risques pour la santé ?

Une exposition chronique à surveiller

Une exposition régulière aux COV issus des désodorisants peut provoquer :

  • des irritations des voies respiratoires et des yeux
  • des réactions allergiques ou asthmatiques (notamment via les terpènes oxydés)
  • des effets neurotoxiques ou hormonaux pour certains composés
  • une exacerbation des symptômes chez les personnes sensibles (enfants, asthmatiques, personnes âgées)

Les environnements intérieurs mal ventilés sont les plus à risque, car les polluants s’y accumulent durablement, augmentant l’exposition quotidienne.

Par ailleurs, certains COV comme les terpènes (limonènes, pinènes...) peuvent réagir avec l’ozone présent dans l’air intérieur pour former des polluants secondaires, dont le formaldéhyde, un composé classé cancérogène avéré. Ce type de réaction est particulièrement préoccupant, car il génère des substances plus nocives que celles initialement présentes dans le produit.

Focus – Les huiles essentielles : naturelles, mais pas sans impact

Les huiles essentielles ne sont pas toujours synonymes de pureté : en diffusion, elles libèrent des terpènes pouvant générer du formaldéhyde et dépasser les seuils d’exposition, surtout en cas de mauvaise ventilation.

Comment limiter l’impact des désodorisants ?

Adopter les bons gestes

  • Aérez régulièrement votre logement, surtout pendant et après usage d’un désodorisant
  • Évitez les produits en spray ou le diffuseurs automatiques
  • Privilégiez les produits écolabellisés ou sans parfum
  • Lisez les étiquettes (quand elles existent), et évitez les substances parfumantes allergisantes (linalool, citronellol, eugenol…)

Revenir à des solutions simples et naturelles

  • Nettoyez régulièrement pour limiter les sources d’odeurs et éviter le recours à des produits parfumés.
  • Entretenez le système de ventilation, lorsqu’il est présent, pour assurer un renouvellement constant de l’air intérieur et une évacuation efficace des polluants.
  • Aérez quotidiennement, idéalement le matin ou en dehors des pics de pollution extérieure, mais aussi pendant et après toute activité génératrice d’odeurs (cuisine, ménage, lessive, etc.).

À retenir

  • Les désodorisants émettent de nombreux COV parfumants pouvant se transformer en polluants secondaires encore plus nocifs
  • Leur utilisation fréquente dans des pièces peu ventilées augmente le risque d’exposition chronique
  • Il est possible de réduire les risques en ventilant et en choisissant mieux les produits utilisés
  • Les effets sanitaires sont avérés pour certains composés (irritations, allergies, troubles respiratoires)