Des sources d’émissions à prendre en compte

Des matériaux conçus pour durer, mais parfois émissifs
Peintures, colles, vernis, moquettes, isolants, contreplaqués ou meubles neufs : bon nombre de matériaux de construction et de décoration sont susceptibles d’émettre des substances chimiques dans l’air intérieur, notamment des composés organiques volatils (COV).
Ces émissions peuvent se produire pendant leur application, mais aussi pendant des semaines voire des mois après leur mise en place, à température ambiante.
Une pollution continue dans les environnements clos
Ces substances s’accumulent plus facilement dans des environnements peu ventilés ou mal aérés. Or, nous passons en moyenne plus de 80 % de notre temps dans des espaces clos, ce qui augmente les expositions cumulées à ces polluants. Parmi les plus préoccupants figurent le formaldéhyde, le benzène, ou encore certains phtalates issus de matériaux plastiques ou de revêtements souples.
Les matériaux et produits de décoration émettent des polluants par désorption, c’est-à-dire par évaporation lente de composés volatils à température ambiante. Ces substances sont intégrées au produit sous forme de solvants, parfums, additifs ou agents de conservation.
Le taux d’émission de ces composés dépend de plusieurs facteurs :
- la température ambiante : plus elle est élevée, plus les émissions sont importantes (ex. : en été ou lors d’un chauffage fort),
- le taux d’humidité : il peut favoriser certaines réactions chimiques secondaires (hydrolyse de certains COV, par exemple),
- la surface exposée :plus une surface est grande, plus elle peut émettre (par exemple un sol en PVC, un plafond, etc.),
- le type de matériau : les matériaux poreux comme les isolants ou les moquettes peuvent aussi adsorber puis relarguer des polluants, même s’ils ne sont pas eux-mêmes la source d’émission.
En l’absence de renouvellement d’air suffisant, ces composés peuvent s’accumuler dans l’air intérieur et générer des expositions prolongées. Certains matériaux peuvent également réagir entre eux ou avec l’ozone intérieur, formant ainsi des polluants secondaires tout aussi problématiques pour la santé.
Effets sur la santé des occupants
Irritations, allergies, effets chroniques
Les substances chimiques libérées par certains matériaux de construction et produits de décoration peuvent avoir des effets sanitaires avérés ou suspectés, selon leur nature, leur concentration et la durée d’exposition.
Effets à court terme (exposition aiguë)
Dans un environnement intérieur fraîchement rénové ou mal ventilé, une exposition aiguë aux composés organiques volatils (COV) ou aux composés semi-volatils (COSV) peut provoquer :
- des irritations des yeux, du nez, de la gorge,
- des céphalées, de la fatigue ou une sensation de malaise,
- des troubles respiratoires transitoires, en particulier chez les asthmatiques ou les personnes allergiques,
- une exacerbation des symptômes allergiques, comme des rhinites ou des dermatites.
Ces effets sont d’autant plus marqués que l’air intérieur est confiné et le volume de polluants accumulé, élevé.
Effets à long terme (exposition chronique)
Une exposition régulière, dans la durée, peut entraîner :
- des affections respiratoires chroniques (bronchite, asthme aggravé),
- des troubles neurocomportementaux (troubles de la concentration, du sommeil),
- des effets potentiels sur le système endocrinien (notamment pour des substances comme certains phtalates ou certains PFAS),
- et des risques accrus de cancers : le formaldéhyde, par exemple, est classé cancérogène avéré pour l’humain (groupe 1 – CIRC), responsable de cancers du nasopharynx et considéré comme mutagène selon la réglementation européenne. Le benzène, également retrouvé dans certains matériaux ou colles, est lui aussi cancérogène avéré pour l’homme, en lien avec des leucémies.
Un étiquetage obligatoire pour mieux choisir
Le marquage A+ à C
En France, les matériaux de construction et de décoration mis sur le marché doivent afficher une étiquette “émissions dans l’air intérieur”. Celle-ci classe les produits de A+ (très faibles émissions) à C (fortes émissions) en fonction de leurs émissions de polluants, principalement de COV.
L’objectif est d’informer les consommateurs et les professionnels sur l’impact de ces produits sur la qualité de l’air intérieur, et ce dès leur choix.
Vers une meilleure traçabilité des substances
L’Anses a identifié 31 substances prioritaires à surveiller dans le cadre de l’étiquetage des produits du bâtiment et du mobilier. Ce travail vise à renforcer la transparence et à soutenir la réduction à la source des émissions, en cohérence avec les politiques publiques sur la qualité de l’air intérieur portées par le ministère de la Transition écologique.

Les bons réflexes pour limiter l’exposition

Avant, pendant et après les travaux
- Privilégier les produits A+ ou porteurs d’un label environnemental reconnu.
- Éviter les travaux dans des espaces occupés, en particulier si des enfants, des personnes âgées ou des personnes malades y vivent.
- Aérer activement pendant l’application des produits (peinture, colle, vernis…), mais aussi plusieurs jours après.
Ventilation et renouvellement d’air
- Maintenir un système de ventilation performant et entretenu (VMC).
- Aérer au moins 10 minutes deux fois par jour, particulièrement après l’introduction de matériaux ou meubles neufs.
- Contrôler l’humidité ambiante pour éviter les réactions secondaires entre polluants et moisissures.
À retenir
- Les matériaux de construction et produits de décoration sont une source importante de pollution de l’air intérieur.
- Des substances émises lentement mais durablement peuvent affecter la santé.
- L’étiquetage réglementaire A+ à C permet de faire des choix éclairés.
- Une ventilation régulière et adaptée est indispensable, en particulier après des travaux ou l’aménagement de pièces neuves.