- Logements
- Qualité de l'air intérieur
- Publication scientifique/de revue
Une étude d’envergure issue de la campagne nationale
Entre 2003 et 2005, dans le cadre de la première campagne nationale sur la qualité de l’air intérieur (CNL1), une étude a été réalisée dans 567 logements représentatifs de la France hexagonale. Pilotée par le CSTB et l’Observatoire de la Qualité de l’Air Intérieur, cette étude visait à mieux comprendre les liens entre les caractéristiques des bâtiments et la qualité de l’environnement intérieur. Elle constitue à ce jour l’une des bases de données les plus complètes sur le sujet en France.
Des objectifs clairs et ciblés
L’étude poursuivait deux objectifs principaux :
évaluer l’exposition des occupants à divers polluants de l’air intérieur (COV, aldéhydes, particules fines, dioxyde de carbone, température, humidité) ;
identifier les principaux facteurs influençant cette pollution, notamment les caractéristiques du bâtiment (âge, matériaux, ventilation, etc.) et les comportements des occupants.
Une méthodologie rigoureuse pour des données fiables
Sélection des logements
L’étude a porté sur 567 logements choisis de manière aléatoire mais représentative des 24,6 millions de résidences principales de l’époque (2003). La sélection s’est faite en trois étapes, afin de garantir la représentativité nationale : diversité géographique, typologie des logements (maisons individuelles, appartements), ancienneté du bâti. Cette approche a permis de constituer un panel solide et équilibré, reflet fidèle du parc résidentiel français.
Polluants et paramètres étudiés
Les mesures ont été réalisées sur une durée d’une semaine complète dans chaque logement, afin de capter les variations liées aux usages réels.
- Polluants chimiques : 14 composés organiques volatils (COV), 4 aldéhydes (dont le formaldéhyde et l’acétaldéhyde), particules fines PM10 et PM2,5.
- Paramètres physiques : température, humidité relative, humidité spécifique.
- Indicateurs de confinement : dioxyde de carbone (CO₂), taux de renouvellement d’air nocturne.

Outils et procédures de mesure
Les mesures ont été réalisées avec des capteurs passifs et actifs placés principalement dans la chambre principale et un suivi des conditions intérieures (température, humidité, CO₂) a été effectué avec une résolution temporelle fine (10 minutes). Des prélèvements extérieurs (pour les COV et aldéhydes) ont permis de comparer les niveaux intérieur/extérieur.
Questionnaires et observations
En parallèle des mesures instrumentales, les enquêteurs ont recueilli de nombreuses informations via des questionnaires détaillés et des carnets de suivi hebdomadaires :
- Caractéristiques du logement (année de construction, matériaux, système de ventilation, présence de garage, rénovations récentes) ;
- Habitudes de vie et comportements des occupants (tabagisme, ouverture des fenêtres, activités générant des polluants).
Ces données croisées ont permis d’interpréter les résultats en contexte, en reliant les concentrations mesurées aux pratiques réelles et aux spécificités des bâtiments.
Quelques chiffres clés
567
Un échantillon représentatif
L’étude a été menée dans 567 logements, couvrant toute la France hexagonale.
+30%
Formaldéhyde plus élevé
Les logements construits après 1990 présentent en moyenne 30 % de formaldéhyde en plus que les plus anciens.
×2
Impact du garage attenant
La présence d’un garage attenant double l’exposition au benzène et à d’autres COV.
0,44 h⁻¹
Taux de renouvellement d’air
Le taux médian de renouvellement d’air nocturne mesuré est de 0,44 volume/heure.
Les grands enseignements de l’étude
1. La saison et l’occupation influencent fortement les niveaux de pollution
L’étude révèle que la qualité de l’air intérieur varie avant tout avec la saison et le nombre d’occupants, davantage qu’avec les seules caractéristiques du bâtiment.
- En période de chauffage, les concentrations de benzène et d’acétaldéhyde augmentent sensiblement, notamment à cause des combustions et d’une aération réduite.
- À l’inverse, durant la saison estivale, la ventilation par ouverture directe (via des fenêtres, portes, ou autres ouvertures) améliore le renouvellement d’air : le taux de renouvellement d’air (TRA) médian passe de 0,39 h⁻¹ en hiver à 0,52 h⁻¹ en été.
2. Les logements récents émettent plus de formaldéhyde
Les logements construits après 1990 présentent des concentrations en formaldéhyde supérieures de 30 % par rapport aux logements plus anciens. Cette différence est liée à l’utilisation de matériaux modernes plus émissifs (colles, bois reconstitués, revêtements). De plus, ces bâtiments sont souvent plus étanches, ce qui limite la ventilation naturelle et favorise l’accumulation des polluants.
3. Les garages attenants augmentent l’exposition au benzène
La présence d’un garage attenant constitue un facteur de risque important :
- Les logements équipés présentent des niveaux de benzène et autres COV plus élevés, provenant des véhicules stationnés mais aussi des produits stockés (carburants, solvants, peintures).
- En période de chauffage, l’effet est amplifié, car les échanges d’air avec l’extérieur sont réduits.
4. La ventilation mécanique ne suffit pas à garantir un air plus sain
Si l’on pourrait penser que les systèmes de ventilation mécanique contrôlée (VMC) suffisent à améliorer la qualité de l’air, l’étude montre que ce n’est pas systématiquement le cas : dans certains logements, on observe même des concentrations plus élevées en formaldéhyde malgré la présence d’une VMC.
La conclusion est claire : l’efficacité dépend autant du bon usage et de l’entretien du système que de sa simple présence.
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